Les brasseurs belges demandent une marge de respiration
pour pouvoir continuer à entreprendre et innover
Le rapport annuel 2025 de la fédération des Brasseurs Belges montre
une tendance claire : moins de consommation, moins d’exportation,
moins de brasseries. Les causes se trouvent dans les turbulences sur
la scène internationale, la hausse des coûts, l’évolution des
comportements de consommation et la nouvelle réglementation. Les
brasseurs gardent néanmoins confiance en l’avenir : ils investissent
213 millions d’EUR, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2024,
et font de 2026 une année festive. Le secteur lance un appel aux
décideurs politiques. « Nous ne demandons pas de privilèges, mais une
marge de respiration », déclare Krishan Maudgal, Directeur de l’asbl
Brasseurs Belges.
Année difficile
2025 a de nouveau été une année difficile pour le secteur brassicole belge.
La consommation intérieure a reculé de 3,2 % pour atteindre 6,19 millions
d’hectolitres. Sur les 10 dernières années, il s’agit d’une baisse de près de
20 %, soit environ un demi-milliard de verres de bière par an. Les ventes
dans l’horeca ont le plus souffert en 2025, avec un déclin de 4,1 %, contre
2,6 % dans le commerce de détail. L’exportation, qui représente 70 % de la
production de bière belge, a elle aussi diminué de 4,8 %. La conséquence
de tout cela ne s’est pas fait attendre : le nombre de brasseries est passé de
411 à 395, avec 28 fermetures contre 12 ouvertures.
Les causes derrière ces chiffres sont multiples. Les turbulences
internationales mettent l’exportation sous pression. De nombreux coûts
dans le processus de production de la bière ont augmenté. Dans notre
propre pays, les habitudes de consommation évoluent. Enfin, les décideurs
politiques ne facilitent pas non plus le métier, avec de plus en plus de règles
qui compliquent l’entreprenariat.
Règles plus strictes
Un exemple est l’arrêté royal relatif à la publicité pour l’alcool, récemment
approuvé en première lecture par le Gouvernement fédéral. Le message
sanitaire « L’abus d’alcool nuit à la santé », que le secteur s’impose
d’afficher à chaque message publicitaire, y est remplacé par « L’alcool nuit
à la santé ». Le focus se déplace ainsi de la lutte contre l’abus d’alcool vers
la stigmatisation de tous ceux qui apprécient occasionnellement un verre
avec modération. Et ce, alors que 84 % des Belges respectent la quantité
maximale recommandée par le Conseil supérieur de la santé, soit 10 unités
d’alcool par semaine.
« Nous regrettons énormément cette attitude », dixit Krishan Maudgal.
« Que les choses soient claires : l’abus d’alcool nuit et nous devons le
combattre. Mais une petite bière occasionnelle entre amis n’est pas un
problème de sociétéqu’ilfautrésoudre. » Les brasseurs ont en outredu mal
à comprendre que la Belgique, internationalement reconnue pour sa bière
et sa culture de la bière, soit en passe de devenir le pays le plus restrictif
d’Europe en la matière. « Il est impensable que la France agisse ainsi avec
son vin, l’Italie avec son jambon de Parme ou le Royaume-Uni avec son
whisky », indique Krishan Maudgal.
Résilience
Les brasseurs ne restent toutefois pas les bras croisés. Le secteur a investi
l’an dernier 213 millions d’EUR, soit près de 20 % de plus que l’année
précédente. La consommation de la gamme croissante de bières sans
alcool et à faible teneur en alcool, qui a désormais atteint le cap des 120
bières, a connu une légère hausse (+ 17 % par rapport à 2024) et représente
6,5 % de la consommation intérieure. Ceci reste toutefois largement
insuffisant pour compenser les pertes ailleurs.
« Le secteur est sous pression, mais nous générons toujours 4 milliards
d’EUR de chiffre d’affaires, soit 1 % du PIB, ainsi que 6.605 emplois directs
et environ 50.000 emplois indirects. Nous espérons donc que les autorités
nous accorderont une marge de respiration pour continuer à entreprendre
et innover. A défaut, l’une des rares industries dont nous sommes le
berceau se trouverait menacée », précise Krishan Maudgal.
Que signifie « marge de respiration » pour les brasseurs?
- Pas de nouvelles charges. Le secteur contribue déjà aujourd’hui à
hauteur d’environ 650 millions d’EUR via les accises et les taxes. La
bière est déjà plus chère en Belgique que dans les pays voisins, ce qui
encourage les achats transfrontaliers - Orienter la politique vers la lutte contre l’abus d’alcool. Les brasseurs
y sont pleinement favorables, contrairement au fait de viser la grande
majorité qui consomme de façon raisonnable et modérée. - Associer le secteur. Depuis 30 ans, les brasseurs prouvent leur
engagement avec BOB, l’autorégulation pour la publicité pour l’alcool
et l’innovation sans alcool. Une politique fonctionne mieux lorsqu’elle
est déployée avec le secteur, et non pas à son insu.
Regard vers l’avenir
Être brasseur n’a jamais été un métier facile, et pourtant notre pays fait
partie de l’élite mondiale depuis 660 ans. Lorin Parys, Président de l’asbl
Brasseurs Belges : « La Belgique n’est pas un simple pays de la bière. C’est
le berceau de la culture de la bière mondiale. Après toutes ces années, et
malgré l’évolution des habitudes de consommation, nos brasseurs sont
salués par pas moins de 8 Belges sur 10 pour leur qualité, leur savoir-faire
et leur contribution au rayonnement de la Belgique en tant que pays de la
bière. Cela inspire de la fierté, mais aussi un sentiment de responsabilité. »
2026 est une année symbolique pour le secteur brassicole : les brasseurs
célèbrent cette année le 10ème anniversaire de la reconnaissance par
l’UNESCO de la culture de la bière en Belgique.
« Nous profitons de cet anniversaire pour réinvestir dans ce qui fait notre
singularité : le Belgian Beer Weekend annuel, en septembre, sera étendu à
une semaine entière de festivités, et nous mènerons également de
nouvelles initiatives autour de notre culture des cafés. »
« Nous voulons faire de 2026 une année où nous remettons la culture de la
bière belge positivement sous les projecteurs », ajoute Krishan Maudgal.
« Caril s’agit d’un patrimoine dont nous pouvons être particulièrement fiers.
Un atout que nous devons chérir. »
Vous pouvez consulter le rapport annuel complet ici.

